Histoire Claude Monet
Si Monet m'était conté ...

 

Claude, dépêche-toi !... J’ai froid !

 

Il neige. Le sol est blanc. Camille jette un regard inquiet vers l’intérieur de la pièce par l’ouverture laissée libre entre les rideaux blancs qui encadrent la porte-fenêtre.

 

Monet ne répond pas. Il croque d’un flot de touches nerveuses le fin visage suppliant, interrogateur. Claude Monet – La capeline rouge, portrait de madame Monet, 1873, The Cleveland Museum of Art, Cleveland

 

- Reste tournée vers moi encore un instant, lance-t-il sans pitié pour sa femme grelottante qui ramène sa capeline sur elle des deux mains.

 

L’image est si belle. Monet a peint les murs et la porte-fenêtre avec des tonalités grisâtres pour faire mieux ressortir la scène centrale éclairée de l’extérieur. Camille est habillée chaudement d’une veste et d’une jupe assortie gris bleu bordés de fourrure blanche. Sa capeline vermillon sur la tête la fait ressembler à un Père Noël.

 

Claude Monet – La capeline rouge, portrait de madame Monet, 1873, The Cleveland Museum of Art, Cleveland

 

 

Claude Monet se plait à Argenteuil où le couple est installé dans une petite maison depuis l’hiver dernier.

 

Il peint comme jamais jusqu’ici.

 

Les années 1870 sont une grande mutation dans son art. Le peintre ne s’intéresse plus qu’à la lumière. Tout devient vibration. Le plein air est son unique atelier, son seul maître devient la nature. Son inventivité est extrême pour saisir le motif sous tous ses aspects, découvrir le ton qu’il n’avait pas perçu. Il pose de simples virgules de couleurs pures directement sur la toile. Son oeil a changé, il recompose le paysage qui est saisi avec les accidents que l’atmosphère lui donne.

Il réduit ce paysage à l’essentiel. Edouard Manet – Monet peignant dans son bateau-atelier, 1874, Neue Pinakothek, Munich

 

Monet peint quelque chose de nouveau. Sait-il lui-même ce qu’il peint…

 

Comme Daubigny autrefois sur son atelier flottant le « Botin », il possède, lui aussi, un bateau-atelier qui lui permet de naviguer, de peindre l’eau, les berges, les ponts, les péniches. Tout ce qu’il voit l’inspire et l’éblouit…

 

Edouard Manet – Monet peignant dans son bateau-atelier, 1874, Neue Pinakothek, Munich

 

Claude Monet – La promenade Argenteuil,

- Je suis fatiguée Claude !

- Je ne sens plus mes jambes !

- Tu m’as déjà fait faire un nombre invraisemblable de kilomètres avec tous ces allers-retours !

 

Claude Monet – Promenade à Argenteuil, 1873, Musée Marmottan, Paris

 

Monet sourit ! Claude Monet – La promenade Argenteuil,

 

Il avait trouvé une sorte de nouveau jeu. Il obligeait Camille à parcourir les champs fleuris afin de l’insérer au mieux dans le décor. Lorsqu’elle s’approchait, il lui demandait de retourner au loin puis de revenir à nouveau vers lui. La silhouette de la jeune femme se confondait avec les herbes et les fleurs des champs. Sa figure s’estompait dans le paysage.

 

Claude Monet – La promenade Argenteuil, 1875, collection particulière


- Je veux trouver le meilleur angle pour te croquer, ma chère, disait-il en riant. Plus tard, je rajouterai Jean à tes côtés sur la toile.

Il plaisantait :

- Je t’aime tellement Camille… Si tu meurs avant moi, je ferai comme les égyptiens antiques. J’embaumerai ton corps et mettrai tes viscères dans les vases canopes que l’on voit au Louvre. Résurrection assurée !

Le pont d’Argenteuil, Claude Monet Ils s’esclaffaient bruyamment, heureux d’être ensemble, puis Camille, comme toujours, s’exécutait et reprenait sa longue marche sous le soleil. Argenteuil, la Seine, les jardins, fournissent à Monet d’innombrables sources d’émerveillement. Les ciels de l’artiste n’ont jamais été aussi bleus que ceux d’Argenteuil.

 

Claude Monet – Le pont d’Argenteuil, 1874, musée d’Orsay, Paris

 

 

 

 

 
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